Ignezio Speranza - LonelyNeko
Salut clandestin !
Bienvenue dans ma grotte secrète au fin fond des ruines anciennes.


L'entre de l'esprit chat accro aux céréales bloqué dans l'armure samouraï après avoir tenté de quitter la matrice, sur ce.. dégage de là !
Cordialement.

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 Chapitre I - Le chat solitaire

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Ignezio Speranza
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MessageSujet: Chapitre I - Le chat solitaire   Sam 4 Jan - 18:36


Ignezio Téodor Stepanovitch, né le 22 Décembre 1984 dans une ville de population moyenne nommée Glazov, en Russie. D'origine Italo-russe son rêve était de quitter sont pays natal pour d'autre horizon. Mais sont but n'était pas de voyager loin de là.



   
   
   


Aux premiers abords, nous pourrions dire qu'il s'agit-là d'un jeune homme solitaire, aux cheveux assombris par de longues journées sous la lune du littoral, au regard triste du bleu de la mer, à la peau claire d'une pilosité timide.
Ignezio, c'est l'adolescent qui n'a rien et ne demande rien à personne. C'est une démarche nonchalante, parfois curieusement irrégulière, comme s'il devait se rappeler comment marcher. Ignezio c'est une carrure à faire peur à une fleur, avec sa musculature de petite corde et son faciès de presque beau garçon. Il n'attire pas l'attention au quotidien et n'inspire guère l'admiration. Il est très peu communicatif, tout dépend de la personne, de la question ou de la situation. En parfait caméléon, il s'attire rarement des ennuis car il sait quand s'arrêter et surtout ce qu'il n'est pas bon de dire à telle ou telle personne. Mais cela ne veut pas dire qu'il aime tout le monde, bien au contraire. Il n'apprécie que très peu de personne pour tout dire.

Autrement, toutes les personnes le connaissant vous parleront de son calme légendaire. Cependant, ce n'est pas réellement ce qu'il est. Simplement qu'il est assez réservé avec ceux qui ne font pas partis de "ses amis". Ses yeux sont toujours à moitié-fermés à part lorsqu'il communique avec quelqu'un; il a un regard perçant. Ignezio est un homme doux et très souvent bienveillant, réfléchit, il essai, dans bien des cas, de régler le conflit avec diplomatie. Et quand ça ne fonctionne pas, il fait rentrer sa sagesse dans le crâne de ces sales gosses à coups de bâton. Il adore la gentes féminine, il a un certain goût pour les taquineries, mais jamais rien de bien méchant. Il est un grand curieux qui apprécie apprendre des autres et du monde qui l'entoure. Petit, maigre, à peine glabre... Il ne s'énerve que très rarement et le peu de fois où ça arrive, une des sources de ce changement d'état a un rapport avec un objectif personnel, le respect ou sa famille. L'intégralité de son corps exprime la précarité de son existence. Brillant intellectuellement, le jeune homme ne dispose pas des connaissances qui lui permettraient d'exploiter son potentiel, mais sa curiosité et sa soif naturelle d'apprendre et de découvrir de nouveaux concepts et horizons sont susceptibles de le pousser à se lancer dans des entreprises risquées.. Il n'a pas été éduqué dans un positivisme à toute épreuve, mais ne semble jamais pouvoir baisser les bras. Convaincu que le monde est ce qu'il est et qu'il n'y a rien d'autre à faire que de faire avec, il se dresse tous les matins pour voir la nuit tomber.




   
   
   


« Je suis seule. »
Il fait noir. Une plongée au ralenti dans les ténèbres, les sons et les odeurs de l'humanité vidée de toute valeur et identité. Les nuits sans sommeil, le gonflement et la douleur des articulations disloquées et des muscles déchirés ; le grincement des lits de camp et de hamacs, le tumulte de la pluie sur le toit en tôle ondulée et les minces cloisons en bois ; les cris des rats, le grattement des insectes, le chant hypnotique des cigales. Je ne me souviens plus à quel heure je me suis couché. Je suis seule dans cette chambre lugubre. Le quartier avale le bruit des coups de feux sans effort, comme s'il n'avait pas plus d'importance qu'un simple battement de cœur solitaire, tout est silence. Je perçois seulement une ombre en mouvement en dessous de la porte et une forte odeur de cigarette, il doit être 7h. J'attends qu'il dit mon nom, que cette routine se répète, il n'y a que moi et l'obscurité et une voix paternel au loin « DEBOUT! » dit-il en tapant sur le mur faisant trembler la maison entière. Sa voix était stridente, comme un gros clou rouillé enfoncé dans mon oreille, et même si plus tard elle finit par se taire. Elle était comme une boisson aigre, à vous relancer incessamment, chaque parole un peu plus désagréable que la précédente. Pendant ce temps, ma sœur hurle depuis sa chambre disant qu’elle veut dormir et que ses coups de poing l’exaspèrent (ce ne sont pas les mots qu’elle emploie, mais je vous épargne les pleures enfantins).

Aujourd’hui, tout m’a l’air différent. Il n’y a pas de raison précise, c’est juste une impression. Comme s’il fallait que j’aille là-bas, j’ai manqué plein de cours. Je n’ai même pas essayé de faire mes devoirs. Mes livres, tous mes cahiers, sont restés dans mon sac à dos dans un coin de ma chambre et je n’y ai pas touché. Je ne vais pas m’inquiéter maintenant de la manière dont je vais pouvoir rattraper mon retard. Je trouverai bien un moyen. Mais lorsque je pose la main sur la poignée et la tourne pour ouvrir la porte, elle ne bouge pas. Cela arrive parfois dans notre maison. Surtout en été, lorsque le bois gonfle à cause de l’humidité. Les portes sont d’origine, et les accessoires également. C’est une grosse poignée ronde en verre avec une plaque en laiton et une serrure à l’ancienne. On ne peut même plus acheter ce genre de trucs. En général, il suffit de la secouer un peu pour qu’elle tourne, mais même en essayant, je n’arrive pas à la décoincer. Je hais l’adolescence et je hais encore plus tous ces adultes mous du bulbe qui s’entêtent à me faire croire que c’est la plus belle période de l’existence. Cela fait près de vingt minutes que je martèle la porte de la salle de bains à coups de poing. Je veux juste que mon frère aîné daigne me laisser entrer quelques secondes pour entrevoir mon reflet dans la glace. Mon autre sœur, elle (oui, j’ai deux sœurs, merci pour votre compassion et vos encouragements), chante à tue-tête une chanson d'un dessin animé en sautillant dans les quatre coins de la maison. Encore une fois, ils m’ont eu : je pars pour l’école les cheveux en bataille et l’air hargneux, comme pratiquement tous les matins.

Au lycée, le nombre d'élèves somnolents augmente avec le déclin de la lumière matinale et le refroidissement de la température. Mourir d’ennui à l’école, pour ensuite se faire tout petit, s’enfermer dans sa tête et ses pensés à la maison, cela ne s’appelait pas vivre. Dépérir plutôt, de toute façon, comment aurais-je pu dire à mon père que je me sentais étranger à tous, même lui ?




   
   
   


Un jour d'hiver je me suis endormis espérant qu’à mon réveil le monde serait différent. Le matin, quand j’ai ouvert les yeux, le monde n’avait pas changé. J’ai écarté les draps et je suis resté allongé là, alors que la brise matinale entrait par la fenêtre ouverte. J’ai allumé la télé, une émission d’amour, une fille qui pleure parce que son mec l’a quittée. Pas mon emission préférée. Pas mon groupe préféré, pas mon sujet préféré, j’avais quinze ans, je m'ennuyais. Je suis entré dans la cuisine. Ma mère préparait le grand dîner de ce soir. Je me suis versé un verre de jus d’orange, il était déjà tard, la journée est passé sans que je m'en rende compte avec au final, n'avoir rien fait de particulier en ce jour férié. Elle m’a souri. « Tu pourrais dire bonjour», « Je pourrais», «Bon, au moins tu es sorti de ton lit», «J’ai dû y réfléchir un bon moment», «Mais qu’est-ce que les garçons ont avec le sommeil ?», «On est doués pour ça.» Elle a ri quand soudain la sonnette retentit.C'était eux, ils venaient comme d'habitude chaque année à la même date, la famille venaient, j’avais l’impression d’étouffer. Pas tellement parce qu’ils avaient tous quelques choses à raconter, ni même à cause de leurs commentaires sur moi. Tante Katia me prenait comme à son habitude par les épaules en disant : « Laisse-moi te regarder, oh un si beau garçon. Tu ressembles à ton papa ! » Franchement, il n’y avait pas grand-chose à voir. Ce n’était que moi. Et oui, je ressemblais malheureusement à mon père.

Malgré les difficulté de la vie nous vivions frères et sœurs dans un toit chauffé au feu de bois. Maman comprenait mon humour. Je comprenais le sien, on s’entendait bien. Pourtant elle demeurait un mystère. Je n'arrivais pas à comprendre pourquoi elle était toujours avec mon père, surement car elle n'avait pas le choix. Une fois, quand j’avais six ou sept ans, je m’étais emporté contre mon père parce que j’avais voulu qu’il joue avec moi, il m'a ignoré il avait juste semblé être dégoûté et méprisant ou alors c'était son humeur d'origine. Avec toute ma colère d’enfant, j’avais demandé à ma mère : « Pourquoi tu t’es mariée à un type pareil ? » Elle m’avait souri et m’avait recoiffé du bout des doigts. Ça a toujours été son truc. En me regardant droit dans les yeux, elle avait calmement répondu en me tendant sa main : « Tiens des céréales », mon addiction aux céréales a tout de suite supprimé tout mon intérêt pour mes précédentes paroles. Toute cette agitation m'avait fait oublié la raison de cette agitation elle-même. 24 Décembre, on était le soir de noël. Malgré le fait que nous étions très peu proche de la religion noël était plutôt un prétexte pour faire pour une fois comme les autres, mon anniversaire étant proche de cette date, nous le fêtions en même temps faute de moyen.

Pour finir, il restait un seul et unique cadeau. La boîte était plutôt grande, mais légère. S'il te plaît, mon Dieu, me suis-je dit en mon fort intérieur, fais que ce soit un pistolet, ou même une figurine ou encore un de ces nouveaux Tamaguchi. Difficile de croire que je n'espérais pas y trouver une mitraillette en plastique ou une paire de talkies-walkies, mais le vélo était bel et bien le seul cadeau qui m'obnubilait, le seul susceptible de me rendre heureux. Maman avait orné la boîte d'un gros nœud et d'un ruban qui ressemblait étrangement à celui qui avait été enlevé autour des cadeaux d'anniversaire de mes sœurs l'année passée. J'ai déchiré le papier parsemé de rennes et de flocons de neige, pour tomber sur une simple boîte marron... Mon cœur a battu la chamade tandis que je soulevais lentement le rabat et que j'écartais le papier de soie blanc et froissé.
C'était un pull-over.




   
   
   


10h49
Ce matin, à mon réveil, une fine couche blanche recouvre le gazon devant la maison et de légers flocons tombent sans relâche. Dans la région de Glazov où nous vivons, quelques centimètres de neige suffisent à paralyser l'activité du comté pendant que l'unique chasse-neige dégage les routes. Il n'y aura donc pas classe aujourd'hui. Anna, ma petite sœur, pousse un cri de joie en entendant l'annonce à la télévision. «On va faire un bonhomme de neige, papa !» s'exclame-t-elle. Mon père tapote son cigare contre un cendrier en cristal et agite sa main tenant sa flasque de whisky dans les airs, montrant son désintéressement «On va commencer par écouter les infos, pour rester au courant». Il n'est pas mécontent que tous les établissements scolaires soient fermés, y compris mon lycée et le collège, car il bénéficie d'une journée de congé. Ma mère, qui travaillait pour une agence d'aide aux personnes âgées, éteint la télévision. «Ne sors pas sans tes gants», dit-elle en se versant une autre tasse de café. Maman me tend un gobelet fumant, puis va chercher le journal. «Regarde à l'intérieur, tu ne crois pas que tu ferais mieux de chercher du travail ? me suggéra t-elle». Je me tourne vers ma mère qui me propose une tournée de chocolat chaud. «Je suis tenté de me recoucher, dis-je. Le problème, quand on cherche, c'est qu'on risque de trouver» Elle me fixa un long moment et répliqua; «Tu ne veux vraiment rien faire dans la vie ?» Elle ne se laissa pas perturber par mes paroles arides, me laissant alors la tourner le dos en direction de ma chambre.

Elle fait mine de ne s'apercevoir de rien, fouille dans un placard de la cuisine et en sort un paquet de cookies déjà entamé. « Vous voulez des gâteaux ? interroge-t-elle. — Oui, oui ! hurle Nina en agitant frénétiquement le bras. On peut en avoir avec des pépites de chocolat ? » L'énergie de mes sœurs m'étonnera toujours. En partant dans ma grotte, sans dire un mot son regard ne croisait jamais le mien. Il n'avait même pas levé les yeux à mon passage dans le couloir. Il était en chaussures et portait encore le même manteau, qu'il n'avait pas quitté de toute la semaine. «Quelque chose ne va pas, Ivan ? dit maman, on pourrait passer chez les grands-parents et dîner de bonne heure avec eux, ils habitent loin, mais on ne les rends jamais visite. — Entendu », dit-il. La perspective de sortir avec ma famille ne me déplaisait pas, je préférais tout simplement passer en boucles les vieilles cassettes sur mon téléviseur, rester à la maison à dormir et glander. Ce n'est pas non plus le genre de choses que l'on crie sur les toits. « Nina, hurle Anna, prépare-toi ! Nous partons pour la grande aventure. » Ma petite sœur termine son petit déjeuné tout juste préparé.
Quelques instants plus tard, elle déboule dans la cuisine, déjà habillée pour sortir, comme si elle avait enfilée ses vêtements en dégringolant l'escalier de notre vieille maison pleine de courants d'air. «Ah non, je ne viens pas !» proteste mon père, à croire qu'il pensait qu'ils feraient volontiers plusieurs kilomètres à pieds.

J'appuie mon front contre la fenêtre et je regarde défiler notre voiture antique, une vieille Lada qui n'était déjà plus toute jeune lorsque papy nous en a fait cadeau, à la naissance des jumelles. Je regardais ses sapins verts constellés de blanc et ses traînées de brouillard sous un ciel de plomb. La fenêtre recouverte de buée, je m'amuse à y tracer des signes avec mon doigt.




   
   
   


Le téléphone sonna.
Ignezio regarda en direction de sa table de nuit. Le réveil était tombé, il ne put lire l'heure. Le téléphone sonna de nouveau avant de laisser place au silence. Non, il n'était pas obligé de répondre, ce n'était pas comme si quelqu'un d’extérieur avait à lui parler ou qu'il était attendu quelque part. Après s'être redressé de son lit, il se dirigea vers la cuisine. Alors qu'il retirait un plat du micro-onde, le téléphone sonna de nouveau. Saisissant à l'aide d'une manique la barquette en plastique il laissa le répondeur s'enclencher et la voix enregistrée résonna dans la maison vide, il ne fut pas surpris d'entendre raccrocher. Dehors, les nuages commençaient à se dégager et les flocons ne cessait pas de chuter. Lorsqu'ils avaient acheté la maison, ils avaient aimé le fait quelle soit isolée, malgré son état, mais sans imaginer que l'endroit pouvait être aussi lugubre en hiver. Pas plus qu'il avait imaginé à quel point le silence et la solitude qu'il croyait pourtant apprécier le mettraient mal à l'aise. Peut être aurait-il dû répondre au téléphone...
Quelques gouttes de sauce tomate brûlante lui éclaboussèrent les doigts alors qu'il versait les lasagnes fumante dans une assiette. Instinctivement, il porta la main à sa bouche pour calmer la sensation de brûlure. Le téléphone sonna et, cette fois, il décrocha. Immédiatement, il entendit une voix familière, c'était Ivan.

Sans réfléchir quelque seconde plus tard je me retrouvais sur mon vélo et j'ai pédalé comme un fou. Entre mes dents serrées, j’espérai que tout aille bien, je pédalais, une voiture a failli me renverser, je ne me suis pas retourné. "La voiture à été pulvérisée" Alors qu'ils étaient en route, la vieille lada a perdu le contrôle et a dérivée vers sur la voie opposée. L'impact d'une camionnette percutant le côté passager à près de cent kilomètres-heure a arraché les portières, projeté le siège à travers la vitre latéral côté conducteur, fait traverser la route au châssis et éventré le moteur. Les roues et les enjoliveurs ont volé jusque sous les sapins. Le réservoir commençait à prendre feu et des flammèches léchaient la route verglacée. Il y a eu une symphonie de grincements, un chœur d'éclatements, une aria d'explosions et, en guise de final, le claquement triste du métal se fichant dans le tronc des arbres. J'ai senti qu'elle mourait, mon souffle était coupé à l'approche de l'hôpital, tout était arrivé trop vite et de nombreuse questions me restaient en tête; pourquoi avoir pris mon vélo dans ce froid glacial ? pourquoi n'ai-je pas de putain de permis ? qu'adviendra t-il de mes lasagnes ? ai-je fermé la porte à clé ? depuis combien de temps essayait-on de me joindre ? qu'est ce qu'il s'est passé ?

La famille s'était rassemblée dans la salle d'attente. Pas la petite pièce où mes grand-parents se trouvaient pendant son opération, à l'étage de la chirurgie, mais plus vaste, dans le service principal, équipée de fauteuils et de canapés confortables, avec des magazines relativement récents. Tout le monde parle à voix basse, comme pour respecter les autres personnes présentes. Sauf qu'ils sont les seuls à attendre. Il y a une telle atmosphère de gravité que je ne sais plus où donner de la tête.




   
   
   


Son brancard a été hissé à l'intérieur d'un hélicoptère avec tous ses tubes et ses tuyaux dut à l'inaccessibilité de sa position qui l'a propulser avec son siège plus loin. Tout le monde était sain et sauf, mise à part le passager de la camionnette qui mourra sur le coup et la passagère du véhicule opposé, la mère de famille qui était dans un état critique. Ivan monta tout de suite dans l'appareil, laissant les autres urgentiste et son père au sol s'occuper des autre blessés léger. Dans l'appareil, une course contre la montre eut lieu. Un urgentiste s'est installé à côté d'elle, en pressant toujours la petite poire en plastique qui la permettait apparemment de respirer. Une fois qu'ils étaient en l'air, Ivan compris la gravité de la situation. Le vol d'un hélicoptère n'a rien à voir avec celui, régulier, d'un avion. Ça monte, ça descend, ça va à droite, à gauche. Il se demanda comment ces gens pouvait continuer à s'occuper d'elle dans de telles conditions. L'hélicoptère traversait des turbulences et il se dit que cette fois, il allait vomir. Mais ces envies disparurent en l'observant, cette femme, allongée sur le brancard ne ressentant plus rien, immobile. Il se demanda de nouveau si elle était morte, malgré le fait qu'ils n'étaient pas tout à fait du même sang, il l'aimait comme sa propre mère et l'avait traité comme jamais personne ne l'avais fait auparavant.

C'est alors que j'arrive en sueur, les yeux paniqués, remplit d’inquiétude. En même temps que moi arrive une jeûne femme, qui se rapprocha de mon père et du reste de la famille. Alors que j'étais loin, je pouvais deviner les paroles de l'infirmière tout le monde avait compris la phrase prononcées par celle-ci. Au même moment je la remarque au loin, maman. Un pompier est en train de refermer la fermeture éclair du sac plastique dans lequel on l'avais glissée. On ne voit pas de sang, ses lèvres sont bleues et elle a le blanc des yeux rouge. Et c'est cette vision irréelle de ma mère semblable à un vampire dans un film de série B qui déclenche chez moi cette impuissance ?  Je l'entends discuter avec un collègue, un jeune qui ne doit pas avoir plus de dix-huit ans. Il lui explique que maman a dû être percutée en premier et tuée sur le coup, ce qui explique l'absence de sang. «Arrêt cardiaque instantané, dit-il. Quand le sang ne circule plus, on saigne à peine. Ça suinte.

Les yeux et les muscles encore perturbés par se marathon, Ivan s'approcha les poings serrées et me donna de toute ses forces un coup de poing dans l'estomac, le souffle coupé, le cœur en compote, l'estomac complètement écrabouillé. Une douleur physique insoutenable, mais une souffrance sentimentale incomparable. Je me suis demandé si je m'en remettrais un jour, de cette douleur-là. J'avais mal à en hurler. Mais je n'ai pas hurlé. Ce que je ressens maintenant que la douleur est toujours là mais qu'elle ne m'empêche plus de marcher ou de parler, c'est une sensation d'impuissance et d'absurdité totales. Alors c'est comme ça ? Tout d'un coup, tous les possibles s'éteignent ? Une vie pleine de projets, de discussions à peine commencées, de désirs même pas accomplis, s'éteint en une seconde et il n'y a plus rien, il n'y a plus rien à faire, on ne peut plus revenir en arrière ? Pour la première fois de ma vie, j'ai ressenti le sens du mot jamais. Eh bien, c'est terrible. On prononce ce mot cent fois par jour mais on ne sait pas ce qu'on dit avant d'avoir été confronté à un vrai « plus jamais ». Finalement, on a toujours l'illusion qu'on contrôle ce qui arrive ; rien ne nous semble définitif. Mais quand quelqu'un qu'on aime meurt... alors je peux vous dire qu'on ressent ce que ça veut dire et ça fait très mal. Je me sens seule, malade, j'ai mal au cœur et chaque mouvement me coûte des efforts colossaux, ce jour là c'était comme un feu d'artifice qui s’éteignait d'un coup et que tout devenait noir, ce jour là où...
...Nadia Speranza est morte.




   
   
   


Par bien des côtés, les roses sont à l'image du cœur humain: il y en a de sauvages, d'autres qui nécessitent une attention et des soins constants. Même si nombres d'espèces ont été transformées, ou transplantées, il n'y en a pas deux de semblables.
Je tins ces pétales dans ma main ouverte et regardais la pluie les balayer une fois de plus. Je restais là jusqu'à ce que mes vêtements soient presque trop lourds pour que je puisse partir, pensant à maman, aux enfants qu'elle aurait pu voir grandir, aux enfants qu'elle aurait pu voir naître, je ne verse pas une larme. Je suppose que comme je n'avais plus de larmes en moi, le ciel pleure à ma place. Les semaines qui suivirent l’annonce de sa mort, mon grand-père fut absent des conversations. En tout cas, de celles qui se déroulaient en ma présence. Souvent, quand j’étais seule en train de lire ou bien dans la cuisine pour mettre le couvert, j’entendais mes sœurs et ma tante, derrière les battants clos du salon, alterner sanglots étouffés et évocation de souvenirs. Et j’aurais donné la lune pour rire et pleurer avec elles. Mais j’aurais avalé ma langue plutôt que de le dire. Je me rends compte maintenant que c'est facile de mourir, c'est vivre qui est difficile.

Même si l'autre chauffeur n'est que très légèrement blessé, je ne dirais pas qu'il s'en sort "bien". Le passager qui l'accompagnait est mort, personne ne connaissait ni son nom, ni son sexe, mais ce qui est sûr c'est qu'une vie a été retiré. J'imagine ce que ça été pour cet homme, il a pris sa camionnette mardi matin, pour aller travailler, et qu'il lui est arrivé cet accident. Qu'il soit père de famille ou juste en couple, heureux, ou malheureux, il n'est désormais plus le même. Sa vie a irrévocablement changé. Si ma tante dit vrai, s'il n'est pas responsable de l'accident, il est simplement un pauvre type qui se trouvais au mauvais endroit au mauvais moment. Et parce qu'il n'a pas de chance et qu'il roulait sur la route 92, il doit maintenant vivre seul. Ivan a pris la décision de mettre ses capacités en ingénierie au profit des forces armées de la fédération de Russie et donner sa vie à la mère patrie. Mon père, lui, probablement le seul qu'on pourrai blâmer dans cette accident, possédait depuis ce jour un regard aussi vide que le néant. Comment vivre avec ça ? Pendant quelques instants, je me prend à imaginer allez le voir pour lui ôter ce poids et lui dire que ce n'est pas sa faute. Et ensuite retourner à la cuisine manger un plat chaud fait par maman. Mais je sais que les choses ne se passeraient pas ainsi. Que ce serait triste et maladroit.

On refuse d'admettre à quel point l'équilibre de notre vie ne tient qu'à un fil, sinon on deviendrait fou. Ceux qui ont tout le temps peur, qui ont besoin de médicaments pour fonctionner, c'est qu'ils ont pris conscience de la réalité, de la ténuité du fil en question. Moi qui m’étais obstinément refermé et n’avais pas ouvert mon cœur jusqu’à la mort de ma mère. Je regrette mon aveuglement. Jusqu’à ce jour, je n’avais jamais réalisé que j’avais été soutenu par sa gentillesse, comment pourrais-je désormais lui parler ? Maintenant qu'avec sa mort, le nouveau visage de mon père m'était apparu je peux deviner les épreuves et les difficultés à venir. Je regrette d'avoir coupé court à tout dialogue avec elle. Il vaut mieux faire ce que l'on a envie de faire tant qu'on est jeune...on évite ainsi les regrets.




   
   
   


Ses mains. Des mains innocentes, déjà, les doigts un peu soigné, la peau douce et rougie. De la gauche elle tient sa tasse tandis que la droite dessine des cercles sur le zinc. Elle me demande avec enthousiasme et spontanément ce que je fais dans la vie. Je ne réponds pas. Nous sommes seuls dans le bar minuscule, accoudés au comptoir. Une musique en sourdine accompagne les gestes de la serveuse qui semblent suivre le rythme sec et rapide. Je ne réponds pas et je n’ai aucune envie d’entamer une quelconque conversation. Je suis entré là pour me réchauffer et tenter de réfléchir à ce que je vais inventer pour meubler cette journée qui commence de bien étrange façon. De toute manière je ne saurais répondre, je ne suis sûre de rien au fond alors cela n’aurait aucun sens de répondre. J’entrevois son visage au yeux bridés dans la glace, derrière les verres et les bouteilles, je me demande qu'elle belle connerie elle aurait pu faire pour ce trouver de l'autre côté de ce bar, la pensé que ce soit son propre désire me fait mal. Elle est vraiment très jeune et sa question me paraît d’autant plus incongrue. En quoi ma vie peut-elle l’intéresser ? Elle a un drôle de sourire, me trouve-t-elle ridicule ? J'aurais dû rester chez moi. Pendant des semaines, je m'étais préparé à cette journée. Tout le monde dit que le premier anniversaire d'un deuil est un moment terrible, non seulement parce que l'on réalise que toute une année s'est écoulée depuis que son univers a volé en éclats mais aussi parce que l'on se rend compte que le temps n'a pas refermé la blessure et ne la refermera jamais.

Elle s'approche de moi et dépose sur le comptoir une tasse, je n'avais pourtant rien dit et encore moins commander. « Holà, tu entends. On dirait qu'il ronchonne.» dit-elle «C'est parce que le saké est vivant. Le saké, c'est comme l'homme. Il faut bien s'en occuper pour avoir de bons résultats.» J'ai eu une drôle de sensation face à cette femme, quelque chose de captivant. «Mhh... et tu es ?» dis-je tout en saisissant la tasse en face de moi. «Je me nomme Mayumi, tu peux m'appeler Mayu je viens d'arriver dans le coin, je travaille ici pour aider à payer mes études de médecine; à vrai dire je dirais plus que j'avais des envies de partir à l'aventure, et toi ?» déclara t-elle alors que je n'avais même pas encore entamé mon verre, que les femmes sont bavardes, mais étrangement je me suis retrouvé plus à l'aise.

Face au deuil, les gens veulent être compatissants mais ils ne savent pas quoi dire. Et on ne sait pas quoi leur répondre non plus. C'est un dialogue de sourds sur l'indicible. «On a beau être aussi brave, aussi vaillant qu'on puisse l'être, on a beau se dire qu'on est invulnérable, qu'on sait ce qui nous attend, on s'imagine que ça ne sera jamais trop grave, qu'il y aura un avertissement avant que les choses aillent trop loin, une musique off, peut-être, comme dans les films. Mais il semble que ce n'est pas comme ça qu'arrivent les désastres. Les désastres sont les grands maîtres de l'embuscade : ils savent nous tomber sur le dos quand on regarde ailleurs.» dis-je en déposant la tasse vide sur le comptoir. «Mais si tu ne fais confiance à personne, tu dois finir par te sentir terriblement seule, non?» répliqua t-elle. Toute l'histoire est sortie, ce qui m'a prise par surprise, alors que j'avais mis un point d'honneur jusqu'à présent à ne confier les petites misères à personne. J'en suis venue à me rendre compte qu'il existe un énorme fossé entre "comprendre" un événement qui bouleverse votre vie et "accepter" sa terrible réalité. Le lobe rationnel du cerveau, celui qui répète que "c'est ainsi, on ne peut rien y faire, il faut maintenant s'accommoder des conséquences", est toujours réduit au silence par une voix intérieure qui crie sa colère, s'indigne de l'aveuglement du sort, se lamente des horreurs que nous commentons envers les autres et envers nous-mêmes.




   
   
   


Nous nous ingénions à laisser notre marque sur le monde, nous voulons nous convaincre que ce que nous accomplissons a un sens, voir même une certaine importance, mais la vérité est que nous ne faisons que passer. Presque rien ne subsiste de nous. Sauf les souvenirs de ceux qui nous ont connus. Et quand ceux-là s’en vont à leur tour… J'avais fais un choix, et cette fois je me sentais capable de le réaliser. Il fallait avancer, et pour ce faire j'étais aidé par une personne honnête que je pourrai qualifier d'amie, quelques années et la certitude que mon ancienne vie appartenait à un passé que j'étais en train d'abolir. Parfois nous nous arrêtions simplement parce j'en avais besoin. Je me tenais au bord de la route et regardait l'horizon, à peine capable de respirer. J'étais content qu'elle ne parle pas, car elle semblait comprendre que je n'aurais pas su absorber ce que je voyais et communiquer en même temps. Je la sentais aussi perdue, sans ancrage. Elle était facétieuse, impériale. Elle comprenait tout et je pouvais la confier des secrets effrayants dont elle n'aurait pas songé à se moquer. Elle ne jugeait pas, ne condamnait jamais et, mis à part les bonnes manières sur lesquelles elle était intransigeante, elle avait le pardon facile.

J'ai pris ma respiration. Réprimé un frisson. Lentement, très lentement, j'ai relevé la tête et j'ai vu... un lac. A la surface impeccablement lisse, sereine et dont la couleur, un vert émeraude parfait, était au-delà du cliché. Et derrière la rive qui nous faisait face, une vaste prairie, puis des bâtiments sans fin. C'était une journée idyllique comme il y en a dans l'Ouest, avec un ciel sans nuages, un soleil couchant qui m'a d'abord éblouie mais qui baignait chaque chose d'une lueur de miel. J'ai observé cette étendue de prairie, cet admirable caprice de la nature. Le spectacle était tellement magnifique, exprimait une pureté si complète que j'ai senti ma vue se brouiller. J'avais été capable de regarder. J'avais vu le lac, j'avais accepté sa beauté et elle ne m'avait pas tué.

Mon ordinateur était vierge, je n'avais plus d'instrument de crédit, plus de biens matériels, pas de dettes, trente milles rouble en liquide et quelques réserves, pas de travail, pas d'obligations. Si j'avais été d'humeur à philosopher, je me serais dis que ma situation ressemblait à une sorte de pureté existentielle: un état de complète liberté individuelle, sans autre responsabilité qu'envers moi-même. Mais je ne me faisais pas d'illusions non plus: si j'avais entrepris d'effacer le disque dur de mon existence, il était impossible de la purger de son contenu émotionnel.
Quoiqu'il en soit, je me sentais léger, porté par les éléments et même, l'espace d'un moment, j'ai éprouvé un sentiment qui ressemblait au bonheur, la perception sans mélange d'être vivant ici et maintenant, dégagée du scénario souvent trop complexe qu'avait été mon existence, au fond n'était-ce pas cela le bonheur? Une parenthèse pendant laquelle, sans penser au passé ou à l'avenir, on arrive à s'enfuir de soi même? Plus de réminiscences venant vous hanter, plus d'appréhensions qui ruinent votre sommeil;

Même si souvent on a l'impression que ça ne sert à rien, qu'on n'y comprendra rien.
Mais tant qu'on n'est pas mort, on n'est pas vaincu.
Tant qu'il y a de la vie, la lutte continue.
La seule vraie défaite, c'est la fuite.
Et si j'ai appris quelque chose ici, c'est à faire face.




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Chapitre I - Le chat solitaire
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